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La pêche en "Dapping"
Le dapping est une technique de
pêche ancestrale mise au point sur les grands lacs du Kerry et du Connemara en
Irlande. Au moyen d'une longue canne de 3,50 m à 4 m (autrefois en roseau avec scion en refendu,
aujourd'hui en fibre de verre ou de carbone) le pêcheur assis dans un bateau
qui dérive sous le vent, maintient à la surface de l'eau une ou deux mouches de
mai naturelles piquées sur un hameçon n°8 à 10. Toute l'originalité et
l'efficacité du dapping réside dans la ligne qui doit pouvoir "s'ouvrir"
dans le vent et faire "dapper" (danser sur l’eau) le plus
naturellement possible, les mouches à la surface des vagues. Réalisées en soie
autrefois naturelle non tissée (soie floche) les lignes à dapping sont
aujourd'hui en fibres textiles synthétiques. Le moindre souffle de vent doit
les faire s'envoler. Un bas de ligne court, d'un mètre à un mètre cinquante
maximum, en assez fort nylon termine le montage.
Avec cette technique, seules les
mouches (qui à défaut de naturelles peuvent être remplacées par des
artificielles), touchent ou plutôt frôlent la surface de l'eau, et la grosseur
du bas de ligne n'a que peu d'importance, sauf pour pouvoir brider une grosse
de plusieurs livres ou, comme c’est assez souvent le cas sur les grands
“loughs” irlandais, un petit saumon. L’efficacité du « dapping »
résulte surtout de sa discrétion, même si le bas-de-ligneemployé peut (et même doit) être en fort
nylon (24 à 26/100 eme). En effet seules les mouches, naturelles ou
artificielles vont toucher la surface des vagues et le bas-de-ligne passera
totalement inaperçu des poissons les plus méfiants. N’oublions pas que cette
technique nécessite un bon vent sur le lac et une surface de l’eau très agitée.
C’est d’ailleurs le vent qui entraînera sur l’eau les insectes comme les
mouches de Mai, ou les tipules appelés cousins dans certaines régions
(« daddy long legs » des pêcheurs anglais), ou encore des coléoptères
ou des sauterelles….
Les mouches naturelles ou
artificielles, précèdent le bateau (qui dérive en travers sous le vent) d’une
bonne dizaine de mètres et comme ni le bas-de-ligne, ni la soie ne sont sur
l’eau, les truites n’ont aucune raison de se méfier. Outre qu’il est très
efficace, le dapping est également une technique très amusante à pratiquer. En
effet les mouches voltigent de façon très erratique à la surface, au gré du
vent et du poignet du pêcheur, et s’envolent quelquefois, au moment même ou la
truite cherche à les gober. Ce qui les rend folles. Vous verrez bien souvent
leur dos hors de l’eau, ou les remous qu’elles font en essayant de suivre la
danse de la mouche et quelquefois, frustrées de ne pouvoir la saisir sur l’eau,
elles s’élanceront d’un saut pour la saisir dans l’air. Attention à ne pas
ferrer trop tôt…en fait même avec des mouches artificielles, il convient
simplement d’attendre de ressentir le poids du poisson sur la ligne…Avec les
grands hameçons utilisés, le ferrage est généralement assuré.
Dapping à Veirières :
Comme sur les hauts plateaux du Cantal,
le vent est souvent de la partie et que sur le lac de Veirières les barques
importées d’Irlande sont tout à fait adéquates pour pratiquer le dapping dans
les meilleures conditions, l’idée m’est venue lors de ma deuxième visite sur le
site en juillet 2008, de réessayer cette technique que j’avais pratiqué
autrefois sur le lough Corrib.
Alors que le mois de juin avait été très chaud,
on se serait cru, en cette mi-juillet, au mois d’avril en Irlande. Vent violent
en bourrasques, pluie à l’horizontale et nappes de brouillard qui cachaient la
chaîne des Puys. Alors que j’espérais filmer Roland et Jean-Baptiste,
présentant de petits voiliers en cul de canard à des grosses truites gobant
dans un tapis de Baetis, il fallut changer de programme et opter pour de grands
streamers ramenés par saccades dans les vagues…Et comme les caméras n’aiment
pas la pluie et que je n’avais pas d’assistant pour tenir un parapluie, ce que
d’ailleurs le vent n’aurait pas permis, j’eus l’idée de sortir le matériel de
dapping. Comme canne j’avais apportée une vieille 3,90m de pêche à l’anglaise
en fibre de verre sur laquelle j’avais monté un vieux Princess de Hardy que
j’avais acheté dans une brocante irlandaise, justement parce que sur sa bobine
était enroulé une splendide soie floche d’époque. Aujourd’hui le dapping se pratique
avec des lignes en fibres synthétiques, mais cette soie floche vert-olive me
rappelait des souvenirs sur le Corrib vieux d’au moins un quart de siècle. Un
mètre cinquante de 26/100 eme et une imitation de sauterelle complétait mon
équipement.
Je n’avais pas fait danser ma grosse « grasshopper » plus
d’une minute au dessus des vagues quand j’ai distinctement vu un dos noir large
comme une main, s’immobiliser sur une crête ourlée d’écume, là où j’essayais
dans les bourrasques de maintenir mon artificielle. Un léger relevé de la canne
et le contact fut établi. L’énorme truite replongea de quelques centimètres et
resta immobile dans la mini-tempête qui agitait la surface du lac. Confiant
dans mon 26/100 eme, je donnais un petit coup de poignet pour assurer le
ferrage. Le démarragetout en puissance
ne se fit pas attendre, la soie floche filait dans les anneaux, la canne pliait
jusque sous mes doigts, le Princess cliquetait à merveille, le backing
commençait à se dérouler et puis horreur, un coup d’œil m’indiqua que j’étais
maintenant sur un bourrage de laine, dont sous la traction jamais ralentie du
poisson, les spires s’enfoncèrent jusqu’au moyeu de bobine. Un claquement sec
m’indiqua que le 26/100 eme neuf, qui était étalonné à dix livres, ne tenait
plus rien et que j’avais perdu une splendide imitation de sauterelle rapportée
il y a bien des années du Montana.
Je me jurais mais un peu tard de vérifier la
prochaine fois l’état et la longueur de backing enroulé sur un moulinet acheté
d’occasion….Mais je me suis promis également, de revenir à Veirières pour faire
« dapper » sur les vagues du lac, une imitation de sauterelle ou de
tipule voire un gros sedge…Et cette fois j’aurais 80 m de vrai dacron derrière
ma soie de dapping.