Les conseils de passionnés

Nous avons eu la chance de recevoir pendant 2 ans le temps d’un Week-end un quatuor très expérimenté de pêcheur à la mouche, Messieurs Meissonnier Hervé (tout récent champion de France, félicitations), Estublier Jean-Luc, Marguet Bernard et Béranger Philippe.

Ces Week-end furent  l’occasion de passer un agréable moment à partager tous ensemble autour de notre passion commune et de bénéficier de leurs nombreux conseils, appuyés de nombreuses démonstrations tant du bord qu’en barque.

Vous trouverez dans l’article suivant quelques conseils, à suivre sans aucuns doutes…


Les conseils de Hervé Meissonier :

Ici, le cadre est superbe, nous sommes en pleine nature et même s’il s’agit de truites arc en ciel, la pêche « au naturel » est la plus productive mais aussi la plus plaisante à n’en pas douter, tous les insectes aperçus au fil des sorties sont là pour nous le rappeler ! Et puis les truites farios ne sont pas en reste non plus dans ce somptueux décor.

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C’est pourquoi ma sélection ne comporte que des mouches pour la pratique en sèche, nymphe et noyée.

C’est au grès des différents postes de pêche mais aussi des conditions climatiques (soleil, température, présence et force du vent) que sont privilégiées les différentes techniques et les mouches qui s’y prêtent. Il n’y a bien que lorsque les températures connaissent une chute libre avec des conditions hivernales que je sors alors un streamer pour attaquer les truites du lac : Sparkler très mobile ou gros streamer blanc.

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Au niveau des mouches, pour la pratique sur des poissons actifs et toujours assez difficiles car sélectif de par les éclosions, les couleurs noires et olives restent des valeurs sures et ces couleurs sont donc majoritaires dans ma sélection.

Mouches noyées à monter sur des hameçons 12 ou 14 et forts de fer pour une bonne pénétration dans l’eau et aussi pour la puissance des truites du plan d’eau qui mettront à mal un hameçon fin de fer. Le tag orange est un teaser supplémentaire souvent ajouté aux mouches noyées.

Le vent est un allié sans égal pour la pratique de cette pêche en barque dérivante. Attention à la remontée du train de mouches qui souvent déclenche une attaque de truite qui prennent alors les mouches animées, c’est d’ailleurs une technique que l’on peut pratiquer avec insistance sans faux lancer, replacer le train face à soi le vent dans le dos et pratiquer de grandes remontées du train de mouches . Bas de ligne en 20/100e ou 18 minimum et vérifiez toujours vos nœuds avant de lancer sans se dire « oh ça ira bien car c’est toujours après qu’on le regrette … »

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Côté nymphe, la pêche au chironome, passionnante mais d’un jeu de patience parfois déroutant est pratiquée avec un train de 2 à 3 mouches en 16/100e fluorocarbone, je ne suis pas convaincue qu’on y gagnera à descendre plus bas surtout que la présentation des potences y perdra en liberté et donc les mouches seront moins pêchantes surtout si le vent est présent.

La mouche la plus lourde sera toujours en pointe avec ou sans bille, dans les couleurs marrons foncé ou olive avec joues orange- cuivré. A utiliser également la larve rouge avec prolongation vers la courbure proche d’une imitation de vers de vase ou de petite sangsue qui réussie très bien.

Pêche en noyée (un train tout prêt qui attend sagement l’éclosion des petites “olives”:

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Train de mouches sombres (avec la fameuse diawl bach au centre) :

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Pêche aux chironomes :

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Pour la pêche en sèche de gobages délicats sur exuvie ou chironomes émergents :

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A monter en différentes couleur sur hameçons de taille 12/14/16 les deux sèches qui suivent sont à privilégier lorsque le vent est très faible. Le toupet blanc est à graisser au départ de la pêche, excellente flottaison, très visible et … très prenante.

Je souhaite à tous beaucoup de plaisir dans la quête des truites du Lac de Veirières.



Les conseils de Jean-Luc ESTUBLIER :

Le mot de Jean-Luc ESTUBLIER, bas de ligne et mouches noyées

Bas de ligne pour une canne de 10 pieds soies de 6/7 (dégressif et précis) :
Corps de ligne: 1m90
45/100: 75cm
35/100: 55cm
28/100: 35cm
20/100: 25cm
Pointe en fluorocarbone, 100cm en 18/100
puis une potence de 10cm et une pointe de 110cm de 16/100.

Pour le lac de Veirières, vu la combativité des poissons, il semble raisonnable de ne pas pêcher plus fin. Lorsque les poissons sont difficiles et l’eau limpide, il faut éviter d’avoir les deux mouches trop rapprochées…volontairement deux mouches et non trois car la végétation aquatique augmente les chances de s’accrocher avec la mouche “libre” lorsqu’un poisson est pris. Avec deux mouches il est aussi plus facile de lancer et de faire moins de perruques, surtout les jours de vent.

Technique de pêche :
Au moment du posé, baisser le scion de la canne au ras de l’eau ou légèrement au dessus dans le prolongement de la soie; commencer à ramener les mouches en les animant lorsque la soie est tendue, soit régulièrement par tirées plus ou moins longues ou en “tricotant”, soit irrégulièrement avec des pauses et des petites animations du scion.

Les postes qui doivent être “peignés” :
la proximité des herbiers, les bordures
les gobages
la pleine eau…
Attention à l’arracher car c’est souvent à ce moment qu’un poissons qui a suivi prend la mouche; sortir chaque mouche de l’eau en les animant un peu sur place !
Attention également en bateau dérivant, il faut augmenter la vitesse de récupération en fonction de la vitesse de dérive du bateau !

Les Mouches :
Les mouches ne seront pas graissées. La taille passe-partout est h14 mais h16 peut être utilisée si il y a de petites mouches sur l’eau. Le mariage claire/foncée peut être monté pour démarrer. Vous pouvez également nouer sur votre ligne une mouche qui “brasse” l’eau type bibio ou petit muddler crème avec une mouche plus dépouillée (sedge cdc, mouche st Marc, scarabé en foam, chiro avec toupet en cdc, fourmi, orl…



Les conseils de Pierre AFFRE : la pêche en “Dapping” :

Mr Pierre AFFRE nous livre ici un petit compte rendu de l’une de ses sorties sur le lac et nous en dit un peu plus sur la technique du Dapping.

Le dapping est une technique de pêche ancestrale mise au point sur les grands lacs du Kerry et du Connemara en Irlande. Au moyen d’une longue canne de 3,50 m à 4 m (autrefois en roseau avec scion en refendu, aujourd’hui en fibre de verre ou de carbone) le pêcheur assis dans un bateau qui dérive sous le vent, maintient à la surface de l’eau une ou deux mouches de mai naturelles piquées sur un hameçon n°8 à 10. Toute l’originalité et l’efficacité du dapping réside dans la ligne qui doit pouvoir “s’ouvrir” dans le vent et faire “dapper” (danser sur l’eau) le plus naturellement possible, les mouches à la surface des vagues.

Réalisées en soie autrefois naturelle non tissée (soie floche) les lignes à dapping sont aujourd’hui en fibres textiles synthétiques. Le moindre souffle de vent doit les faire s’envoler. Un bas de ligne court, d’un mètre à un mètre cinquante maximum, en assez fort nylon termine le montage.

Avec cette technique, seules les mouches (qui à défaut de naturelles peuvent être remplacées par des artificielles), touchent ou plutôt frôlent la surface de l’eau, et la grosseur du bas de ligne n’a que peu d’importance, sauf pour pouvoir brider une grosse de plusieurs livres ou, comme c’est assez souvent le cas sur les grands “loughs” irlandais, un petit saumon.

L’efficacité du « dapping » résulte surtout de sa discrétion, même si le bas-de-ligne employé peut (et même doit) être en fort nylon (24 à 26/100 eme). En effet seules les mouches, naturelles ou artificielles vont toucher la surface des vagues et le bas-de-ligne passera totalement inaperçu des poissons les plus méfiants.

N’oublions pas que cette technique nécessite un bon vent sur le lac et une surface de l’eau très agitée. C’est d’ailleurs le vent qui entraînera sur l’eau les insectes comme les mouches de Mai, ou les tipules appelés cousins dans certaines régions (« daddy long legs » des pêcheurs anglais), ou encore des coléoptères ou des sauterelles….

Les mouches naturelles ou artificielles, précèdent le bateau (qui dérive en travers sous le vent) d’une bonne dizaine de mètres et comme ni le bas-de-ligne, ni la soie ne sont sur l’eau, les truites n’ont aucune raison de se méfier. Outre qu’il est très efficace, le dapping est également une technique très amusante à pratiquer. En effet les mouches voltigent de façon très erratique à la surface, au gré du vent et du poignet du pêcheur, et s’envolent quelquefois, au moment même ou la truite cherche à les gober. Ce qui les rend folles.

Vous verrez bien souvent leur dos hors de l’eau, ou les remous qu’elles font en essayant de suivre la danse de la mouche et quelquefois, frustrées de ne pouvoir la saisir sur l’eau, elles s’élanceront d’un saut pour la saisir dans l’air. Attention à ne pas ferrer trop tôt…en fait même avec des mouches artificielles, il convient simplement d’attendre de ressentir le poids du poisson sur la ligne…Avec les grands hameçons utilisés, le ferrage est généralement assuré.

Dapping à Veirières :

Comme sur les hauts plateaux du Cantal, le vent est souvent de la partie et que sur le lac de Veirières les barques importées d’Irlande sont tout à fait adéquates pour pratiquer le dapping dans les meilleures conditions, l’idée m’est venue lors de ma deuxième visite sur le site en juillet 2008, de réessayer cette technique que j’avais pratiqué autrefois sur le lough Corrib.

Alors que le mois de juin avait été très chaud, on se serait cru, en cette mi-juillet, au mois d’avril en Irlande. Vent violent en bourrasques, pluie à l’horizontale et nappes de brouillard qui cachaient la chaîne des Puys. Alors que j’espérais filmer Roland et Jean-Baptiste, présentant de petits voiliers en cul de canard à des grosses truites gobant dans un tapis de Baetis, il fallut changer de programme et opter pour de grands streamers ramenés par saccades dans les vagues…Et comme les caméras n’aiment pas la pluie et que je n’avais pas d’assistant pour tenir un parapluie, ce que d’ailleurs le vent n’aurait pas permis, j’eus l’idée de sortir le matériel de dapping.

Comme canne j’avais apportée une vieille 3,90m de pêche à l’anglaise en fibre de verre sur laquelle j’avais monté un vieux Princess de Hardy que j’avais acheté dans une brocante irlandaise, justement parce que sur sa bobine était enroulé une splendide soie floche d’époque. Aujourd’hui le dapping se pratique avec des lignes en fibres synthétiques, mais cette soie floche vert-olive me rappelait des souvenirs sur le Corrib vieux d’au moins un quart de siècle. Un mètre cinquante de 26/100 eme et une imitation de sauterelle complétait mon équipement.

 

Je n’avais pas fait danser ma grosse « grasshopper » plus d’une minute au dessus des vagues quand j’ai distinctement vu un dos noir large comme une main, s’immobiliser sur une crête ourlée d’écume, là où j’essayais dans les bourrasques de maintenir mon artificielle. Un léger relevé de la canne et le contact fut établi. L’énorme truite replongea de quelques centimètres et resta immobile dans la mini-tempête qui agitait la surface du lac. Confiant dans mon 26/100 eme, je donnais un petit coup de poignet pour assurer le ferrage. Le démarrage tout en puissance ne se fit pas attendre, la soie floche filait dans les anneaux, la canne pliait jusque sous mes doigts, le Princess cliquetait à merveille, le backing commençait à se dérouler et puis horreur, un coup d’œil m’indiqua que j’étais maintenant sur un bourrage de laine, dont sous la traction jamais ralentie du poisson, les spires s’enfoncèrent jusqu’au moyeu de bobine. Un claquement sec m’indiqua que le 26/100 eme neuf, qui était étalonné à dix livres, ne tenait plus rien et que j’avais perdu une splendide imitation de sauterelle rapportée il y a bien des années du Montana.

Je me jurais mais un peu tard de vérifier la prochaine fois l’état et la longueur de backing enroulé sur un moulinet acheté d’occasion….Mais je me suis promis également, de revenir à Veirières pour faire « dapper » sur les vagues du lac, une imitation de sauterelle ou de tipule voire un gros sedge…Et cette fois j’aurais 80 m de vrai dacron derrière ma soie de dapping.

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